Je prends la météo officielle sur la radio.

Je prends la météo officielle sur la radio.

Morbihan veut dire petite mer. Et c'est mignon le Morbihan. Là où je me trouve, c'est la petite mer au sein de la petite mer ! Je regrette de ne pas avoir de moteur sur l'annexe car j'aurais peut être poussé plus en avant la découverte de la rade de jour. Pendant mon stage aux Glénans, nous avions fait étape de nuit à Lorient. Je m'en souvient comme si c'était hier, ce chenal, les étoiles et le pot au feu qui mijotait dans la cocotte minute...

Je ne m'accorde deux jours de pause à Port Gâvres. C'est court. Je ne peux hélas pas rester plus longtemps car je dois maintenant filer en direction du Finistère.
Là-bas, plusieurs personnes m'attendent ! Dans le Sud Finistère, Clément, un pote avec qui j'avais passé quelques bonnes soirées dans le Loiret, est de passage à Concarneau pour régater avec les Glénans. Cool ! Et à Brest, j'ai rendez vous avec... ma fille !
C'est un matin ensoleillé, toutefois, quelque peu échaudé par les mésaventures humides de l'avant veille, je me prépare et m'habille en conséquence. Salopette étanche enfilée, veste de quart et gilet de sauvetage ajustés, je mets le cap vers Concarneau. La visibilité est supérieur à 10 Mn et je laisse la côte de Groix sur bâbord avec un sentiment d'inachevé. Un rhum arrangé à l'auberge du pêcheur après une journée de navigation, ça se mérite.
Je ne bénéficie pas du vent thermique du matin et laisse donc le moteur tourner à mi régime. Plop plop plop plop plop, le Yamaha 4 temps est vraiment moins polluant et bruyant que l'ancien Yam 2 temps, par contre, il vibre beaucoup plus.

Première pêche !

Vers la fin de matinée, un peu avant la pointe de Trévignon, j'essaye de couper le moteur et je ne tourne plus qu'à 2,6 noeuds, Tant mieux ! C'est la vitesse idéale pour pêcher à la traîne. Je mets à l'eau cette longue ligne de traîne achetée chez Décathlon à Rochefort. Un poisson nageur souple censé attirer des bars précède une série de 5 hameçons à plumeaux rouge une planchette pour aller au fond, ainsi qu'une deuxième série de plumeaux blancs pour attraper des maquereaux et des lieux. Pour les puristes, il y a deux mitraillettes et un raglou ! Je sais, j'utilise des termes techniques, je défendrais ce choix un peu plus tard dans un autre billet. Trois maquereaux sont rapidement remontés. Je remets à l'eau le plus vif et range la traine. Le vent a légèrement forci et si je ne veux pas me prendre la pointe de Trévignon en pleine poire, je dois effectuer un virement de bord. J'ai une pensée pour Laurène de Carnets d'Escapade qui m'avait hébergée durant ma balade à vélo, elle est originaire de ce coin de granit magnifique et sauvage. J'immortalise la pointe de Trévignon avec mon drapeau normand. C'est elle que vous voyez sur l'image qui illustre cet article.

Tout en haut du bateau ma main touche le franc bord.

Au loin quelques grand voiles me sont familières : elles sont toutes barrées d'un large trait rouge, ce sont des voiliers des Glénans. Avec un S, comme l'école de voile.
Je place le nez bateau un peu plus vers le vent, ce qui le fait giter. Pour la première fois, je grimpe au plus haut de mon siège et sort le stick qui me permet de contrôler la barre en hauteur. Je suis légèrement surtoilé et le bateau devient un peu plus ardent. En me mettant tout en haut, par mon poids je compense cette gîte. Toutes proportions gardées, j'ai l'impression d'être un peu sur un tapis volant et de survoler la mer.

VHF portable en main, je demande au sémaphore de Beg-Meil s'il me reçoit correctement. "Sémaphore de Beg-Meil, ici voilier Asiatrek pour un essai VHF"  
"Le voilier pour un essai VHF, je vous reçois 3 sur 5, vous êtes haché." A vol d'oiseau je suis à 3,8 Mn du sémaphore soit 7 km et il me reçoit plutôt mal. Preuve qu'une VHF portable n'est qu'un accessoire utile sur un radeau survie ou lors des arrivées au port. Je note dans un coin de ma tête d'acheter une VHF fixe ! Je les remercie et leur souhaite une bonne veille.

Deux virements de bord plus tard, j'aligne le Cochon, l'un des feux qui balise l'entrée du port de Concarneau. Mon génois est affalé et avec la seule grand voile j'arrive dans les catway. Une arrivée à la voile seule, pour la petite gloire personnelle même si, pour assurer le coup, j'avais démarré le moteur pour assurer en cas de problème sur mon atterrissage. Concarneau, est l'une des bases des Glénans, l'école de voile où j'ai appris à naviguer ainsi que Gwendal, le principal pourvoyeur de mes rêves de navigation.


J'ai levé les filets et les cuisine avec un filet d'huile d'olive.

J'ai levé les filets et les cuisine avec un filet d'huile d'olive.

A Concarneau, je retrouve mon pote Clément. 

A Concarneau, je retrouve mon pote Clément. 

Au fur et à mesure des atterrissages, je me familiarise avec toutes ces manoeuvres qui me semblaient si peu évidentes en 2012. Mes pare-battages sont prêts, les amarres attachées aux taquets avant et arrière, passés par l'extérieur du bateau et reviennent aux haubans. J'arrive sur le catway, je saute depuis les haubans et j'immobilise le bateau à la main. Une fois l'amarrage réussi, je règle correctement la garde et la défense et je remonte sur le bateau. Je recouvre la grand voile, je range la voile d'avant et je vais m'enregistrer à la capitainerie. 

"Vous restez combien de temps", me demande l'agent d'accueil. "Je vais attendre la fin du bulletin météorologique spécial, d'ici trois jours"... Un avis de grand frais et une mer forte sont prévus. Les termes utilisés en mer sont précis. Grand frais, signifie un vent à 7 Bf, 7 sur l'échelle de Beaufort, soit des vents de 50 à 61 km/h, tous les arbres bougent au vent. Une mer forte veut dire que les vagues peuvent être de 2,5 m à 4 m. Dans son bulletin, Météo-France précise aussi, comme à l'accoutumée : "En situation normale, les rafales peuvent être supérieures de 40 % au vent moyen et les vagues maximales atteindre 2 fois la hauteur significative"
A 15 euros la nuitée, Concarneau ne va pas me voir bien longtemps. La ville est belle, j'aime bien l'ambiance, mais le service proposé est faible, les douches de la capitainerie ne sont plus accessibles que sur une plage horaire restreinte et celles payantes sont fermées. 
Au retour je croise mon pote Clément sur le ponton, persuadé qu'il va naviguer demain. Vu les conditions météo prévues, ce sera non ! Non Clément, tu ne régateras pas demain. Effectivement, le temps est pourri, du vent, de la pluie... Dans mon petit bateau, je laisse le mauvais temps passer au dessus des remparts de Concarneau, mais le train de houle est là et arrive à faire bouger, tanguer mes bateaux. Mais je suis content. Je suis sur mon bateau. Je profite.


Le matin du départ, à côté de moi, un Concarnois vient de mettre à l'eau son Trident 80 qu'il a totalement restauré. Il me demande si je vais dans l'Archipel de Glénan ou à Audierne. "Je ne sais pas encore, j'ai regardé la météo et c'est encore du vent de Sud. Si je veux aller à Audierne, je vais galérer un peu..." Il me conseille de partir quand même car après la pointe de Penmarc'h, ça devrait être plus sympa, je n'aurais qu'à débrider les voiles. Je tente le coup. Je pars vers midi mais je n'arrive pas à faire une route correcte avec ce vent. Plutôt que de taper des bords inutilement, je laisse le sémaphore de Beg Meil et file vers Benodet afin de remonter le fleuve Odet. C'était une des options que j'avais choisies plutôt que d'aller à Concarneau.
J'aligne le chenal et tente de surfer cette longue houle de sud avec le vent arrière. Je ne devrais pas avoir trop de mal à remonter l'Odet avec la marée montante. Ouf, ça y est, je passe l'estuaire et apprécie encore les lieux. A tribord, c'est Benodet, à babord, Sainte-Marine. Le long de ce fleuve, j'avais croisé le 60 pieds Imoca VNAM, Votre Nom autour du Monde de Bertrand de Broc en 2012, mais il n'y est pas cette fois ci. Je continue plus en amont, passe le pont de Cornouailles et continue jusqu'après le manoir de Kerouzien.
Je repère une série de coffres libres et m'attache à l'un d'eux où il n'y a rien de marqué. M'amarrer à cette grosse bouée m'évitera de sortir l'ancre et elle sera plus sûr que ce petit bras dans lequel je pourrais m'enfoncer. Je reste dans le cockpit à regarder quelques voiliers passer et à maudir les deux trois bateaux de particuliers qui remontent l'Odet plein gaz ! Un guide de bonne conduite a d'ailleurs été édicté, ils n'ont pas du le lire.
Je reste deux jours là bas à humer l'air frais, à sentir les vaguelettes dues au sillage des vedettes de l'Odet me bercer. Je range, je jauge l'état de mes réserves. Les toilettes sont vides, l'avitaillement est complet, j'ai 40 litres d'eau dont 5 pour me laver. La nourrice de mon réservoir est aux 2/3 vide, j'ai un jerrican de secours. La vie est belle.

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