Manu, toujours la pêche !

Quand arrive-t-on en bateau ? Bientôt ! d'un naturel optimiste, j'ai tendance à laisser faire mon instinct. Benoitement, je pensais arriver au bout de la semaine à Pornichet. J'avais calculé que ce serait sympa de retrouver mon fils quelques jours en profitant des ponts.
Sauf que la météo décide du contraire ! Avec des rafales à 7 Bf et un BMS, (bulletin météorologique spécial) en cours, il n'est pas question de nous aventurer si loin.
C'est l'occasion pour laver enfin ce pont et réaliser un lazy jack qui évitera à l'avenir de passer pour un couillon à chaque affalage. J'avais prévu l'achat de cordelettes pour réaliser ce petit équipement indispensable : il part de la bôme, passe par les barre de flèches et permettra d'éviter que la voile se dépose en vrac dans le cockpit lorsqu'on l'abaisse.

Le Kelt est tout beau, brossé et rincé.

En face de nous, sur le même ponton, René et Hélène préparent leur bateau. Un chouette Dufour 325. Je leur emprunte une brosse pour nettoyer le pont. Le proprio du First 25.7 a accepté de prêter son jet. Manu et moi frottons, rinçons le vert du bateau... Enfin un bateau potable et présentable ! Rapidement, nous sympathisons avec le couple.
René aurait pu être mon papa. Même parcours professionnel, même profession, même passions et même séjour en Algérie aux frais de l'armée française au début des années 1960. Hélène a des origines arménienne, pays qui est si cher à mon coeur.

Hélène et René nous aident à installer le Lazy Jack.

J'avais installé le lazy jack, mais il n'est pas correctement fixé aux haubans, d'après René. il faut que quelqu'un monte au mat pour s'y coller. Hélène s'installe dans une chaise avec un peu de gaffer afin d'écarter le système. Nickel.

Je prends une des bouteilles de champagne que j'avais emportées à mon bord ! Nous buvons l'apéro, arrosons le bateau avec quelques bulles et proposons de leur donner un coup de main à caréner leur bateau.

Mine de rien, j'apprends beaucoup de petits trucs avec René, comme cette manière de se caler contre le quai à l'aide des pare battages avec le moteur en prise afin de mettre ou larguer les amarres, ou encore la manière de réaliser un étai textile, de régler encore mieux les voiles.
La voile n'est qu'un apprentissage permanent, fait de découverte d'amélioration, de l'étude de mes erreurs, j'apprends. A bord de Samsara fin 2012, ma balade s'était arrêtée à la Corogne et je n'allais pas pouvoir naviguer jusqu'au Cap Vert. Tant pis, au moins, j'aurais passé une dizaine de jours à comprendre encore un peu plus le carénage, le rangement des lingots de plomb servant de lest, le nettoyage d'un bateau...


René détaille les petites erreurs que j'ai commises sur mon propre bateau. "Tu as mis dans grand voile dans le crochet ! Surtout pas. Ce crochet ne sert que pour la prise de ris Il te faut mettre une manille ! Eh Hélène, regarde, il a crocheté sa grand voile ! (...) Nooon ?"
"Ta poire elle a l'air de bien marcher. C'est étonnant que ton moteur cale... Tu ouvres bien la valve de pression atmosphérique ?"
La quoi ?
Sourire de René. "Comment tu veux que ton essence arrive si tu ne laisses pas passer un peu d'air ?"
Mais quel con je suis ! je viens de découvrir qu'il y a une valve et qu'il faut l'ouvrir ! Pas étonnant que le Yamaha cale !

C’est étonnant que ton moteur cale... Tu ouvres bien la valve de pression atmosphérique sur la nourrice ?”
”Hein ? La valve de quoi ?
— René à Laurent

René m'a fait la morale. Ce sera la dernière fois qu'à mon bord, moi ou quelqu'un navigue sans gilet de sauvetage...

En attendant de caréner le Dufour, on se fait une petite sortie avec Manu afin d'essayer de lui apprendre quelques allures et effectuer des virements de bord. J'essaye modestement de transmettre ce que j'ai appris aux Glénans.
Cette longue houle de 3 mètres est assez impressionnante. C'est la première fois que je navigue avec autant de houle. La mer a changé de couleur. Je lui confie que je ne suis pas spécialement rassuré, lui non plus d'ailleurs. Peu de bateaux sont de sortie, on se fait quelques ronds dans l'eau et on rentre...

On achète un petit bar chez le poissonnier et l'immortalisons avec la ligne de traîne. Sur un malentendu, on pourrait presque faire croire que nous l'avons pêché... Le soir, nous passons un agréable moment au Pont des Soupirs chez, je crois Tonton Hub !
Le lendemain, nous carénons le Dufour et Manu en fin de journée doit repartir vers Paris.

Ciel de traîne à Port Olona. Je vais partir le lendemain vers Pornichet, car un nouveau coup de vent avec BMS est prévu.

Durant une semaine, je laisse le mauvais temps le vent, les rafales à 8 Bf s'en aller je jouis de ce que m'apporte radio ponton : des conseils, du vécu, de la bonne humeur, des anecdotes et puis je prends mes aises au Pont des Soupirs (critique sur Trip Advisor ici). Je croise des têtes connues des courses trans-océaniques, il rendent mon salut avec un sourire. Zut, ils me disent quelque chose, mais pas moyen de retrouver sur quel Class 40 je les ai vus.

Retour sur le bateau. Hélène m'a donné encore quelques conseils sur les étapes que pourrais effectuer : Port Joinville ou la Herbaudière, puis Pornichet. "30 miles, c'est bien. Si tu es en forme et que tu as la météo tu peux en faire deux..."
Elle aimerait bien que je note sur un cahier de brouillon toute la navigation. Enfin, René me passe une bouteille de lait vide pour "faire pipi, c'est tellement con de tomber à l'eau ! Et puis ton gilet, mieux vaut le porters tout le temps !"

Ils me conseillent d'aller voir Valérie à Pornichet. Elle est installée avec son mari sur un voilier de course avec leur fils Julien.
Pour limiter le budget de ce convoyage jusqu'à Carentan, j'ai prévu d'être à l'ancre une partie de mon voyage et donc, avant de diner tous les trois, René vérifie quand même mon mouillage qui lui semble correct.
Après le coup de vent, je pars à 6 heures, seul et un peu tendu. Il faut dire que c'est une tension... progressive : dans le catway, je prends soin à ne pas taper les autres. Et puis le port, c'est plat, c'est protégé, c'est rassurant. Dans le chenal, je ne croise pas de bateau, mais le clapot est plus prononcé, ça se tend un peu. Je laisse la Petite Barge qui signale un plateau rocheux et je sens de plus en plus l'effet de cette grosse houle de 3 mètres qui ne me rassure pas. J'ai un peu peur. La côte disparait, revient. Il n'y a pas de vent, je dois attendre encore tout en continuant au moteur.

Deux voiles d'avant, ça fait "genre", un spi asymétrique aurait été génial !

Le pilote élastique dont j'escomptai une bonne efficacité est d'une nullité absolue. Sandow + bout + poulie + taquet coinceur = gaspillage. Et les allures de travers se prêtent peu à cette installation empirique.
Le thermique d'Ouest Sud Ouest s'établit gentiment... J'arrête, le moteur et avance à 2 noeuds... J'installe le tourmentin sur l'étai textile que m'a installé René (en plus de ce que je pensais être le génois un Solent en fait...) et j'augmente très légèrement la vitesse à... 3 noeuds. Un miracle !

Sur ce snapshot tiré d'une vidéo, mon système de pilote auto et mon premier poisson.

Sur ce snapshot tiré d'une vidéo, mon système de pilote auto et mon premier poisson.

Cette petite risée passée, le vent faiblit et... pétole. au large de l'île d'Yeux je récupère la traine et apperçois mes premiers maquereaux !
YEAH ! Je suis hyper content et fier. La planchette s'était retournée et vu la tronche d'un des trois maquereaux, ça doit faire longtemps que je le tracte le pauvre.
Je relâche le plus vif, abrège les souffrances des deux autres et les vide dans la foulée.
Je termine au moteur. Au phare de l'ile du pilier il n'y a plus un pet de vent. La mer est d'huile, non ridée... Je comprends mieux le mécanisme de cette houle qui n'est finalement pas bien méchante lorsqu'il n'y a pas de fort vent...
Après 13 heures de nave et plus de 63.9 Mn parcourus j'arrive à Pornichet... Crevé, mais heureux ! 

Navionic, outre une cartographie m'apporte des statistiques de vitesse, distance et durée de navigation.

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