Régis Lesage au passage de l'écluse de Carentan

La mer est remplie de légendes sur lesquelles, parfois, les marins naviguent. Pas question ici d’évoquer les gloires actuelles comme Thomas Coville qui vient de boucler son tour du monde en moins de 50 jours. Ni le destin de la vingtaine de forçats des mers qui se tire la bourre dans les mugissements de l’océan Indien pour le Vendée globe. Point de mer déchaînée dans le port de Carentan où réside l’Eurois Régis Lesage. Seul le sillage d’un copain de ponton qui sort en mer vient créer quelques vaguelettes.

Au cœur du marais du Cotentin et du Bessin, Carentan est un vrai port de villégiature et d’hivernage. Le gros œil bleu à la proue de Jaoul, son bateau, semble fixer le large au bout d’un ponton.

Vie en communauté

Régis est un de ces « petits marins ». Petits car pas ou peu médiatisés du grand public. Il est toutefois connu de « radio Ponton » : ces récits émis et retransmis de bouche-à-oreille, entre un taquet, une aussière, sur le zinc d’un bar près du port. A contrario, l’Eurois est connu par plusieurs milliers de navigateurs... sur Internet.

Régis Lesage à la fin des années 1970.

Régis Lesage à la fin des années 1970.

Doté d’une bonne plume, le sexagénaire a quitté sa maison de Saint-Ouen-de-Thouberville afin d’écrire l’histoire de Jaoul. Mais par moments, Jaoul construit l’histoire de Régis. Ils sont liés par un pacte invisible. « Jaoul, c’est le nom d’un mas abandonné du haut Languedoc, situé près de la bordure rocheuse d’une combe... J’ai vécu dans cette combe, il y a quelques années avec ma famille, dans une petite communauté agricole : les Cazals. Comme je n’arrivais pas à vivre heureux dans ce que propose notre bonne société d’abondance matérielle, j’étais parti goûter une autre façon de vivre plus proche de ma nature. Et le dimanche, ou bien quand la vie communautaire devenait pesante, j’allais me recueillir seul au mas de Jaoul », raconte cet ancien agent de l’Équipement. Sa carrière professionnelle ne l’a jamais vraiment passionné. Régis reconnaît sans ambages qu’il était un « glandeur. Moins je pouvais travailler, mieux je me portais. »

Aux côtés de Théodore Monod

Le gros oeil bleu de Jaoul pourrait en raconter des histoires de mer...

Le gros oeil bleu de Jaoul pourrait en raconter des histoires de mer...

Antinucléaire, antimilitariste, son investissement humain était pourtant bien réel dans les mouvements non violents. Il s’est mobilisé à plusieurs reprises au sein de La Maison de vigilance qui a longtemps été présente à Taverny (95). Il a même dormi dans un sac de couchage aux côtés d’un célèbre Normand. « Nous manifestions aux portes du poste de commandement de la force nucléaire aéroportée. Parmi les personnalités impliquées dans ce mouvement, il y avait Théodore Monod. J’ai eu l’occasion d’être à ses côtés à plusieurs reprises à Rouen, notamment lors du procès d’un objecteur de conscience », se souvient le marin.

Investi au sein d’une association de voile, il a partagé sa passion avec les autres dans les années 70 et 80. Ces expériences lui ont fourni la matière à son roman de mer, Jaoul avant le grand départ. Puis, las de la croisière en dilettante, et pour causes familiales, Régis n’a pas poursuivi son rêve de mer, jusqu’à ce qu’en 2007, avec la retraite, il adopte Jaoul.

Depuis 2015, il vit totalement à bord de ce Trisbal 36, un voilier d’une dizaine de mètres. Son port d’attache était Fécamp, mais l’Eurois a préféré s’installer dans la Manche. « Ce port d’hivernage, est agréable, pas trop onéreux... »

Plusieurs milliers d’internautes lisent les petites publications distillées sur le site de ce sexagénaire. Ils peuvent télécharger ses romans et nouvelles. Son premier roman est le grand manifeste d’un petit fonctionnaire qui voulait aller au bout de ses rêves, quel qu’en soit le prix, ou presque.

Edit Je ne peux que vous conseiller de lire son blog http://www.jaoulvoiliernomade.fr/introduction/index.html

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