A 8 Mn de Groix, la mer devient plus hachée et je suis à une allure de près serré.

Réveillé de bonne heure à mon mouillage de Port Yorc'h, je range les affaires laissées en vrac de la veille et prépare la nave de la journée devant un bon café. Des rafales à 4 et une houle de 1m50 avec peu de mer du vent sont prévues dans l'après midi. Tranquille. C'est pratique ces petites applications météo. Dans mon idée, ces quelque 26 mn de navigation vers Groix seront agréables et j'aurai bien mérité l'un de ces rhums arrangés que j'avais goutés à l'Auberge du pêcheur lors de mon stage avec les Glénans.

Je ne mets pas ma veste de quart ni ma salopette, mon pantalon de toile et ma softshell suffiront. Après tout, il fait beau ! 

Le Yam hoquette un peu au premier coup de démarreur. Je baisse le starter, le laisse chauffer et remonte l'ancre, range correctement le mouillage et part en direction de Groix. 
La mer est agitée, ça bouge pas mal en fin de matinée et ce vent d'ouest annoncé est plutôt du WNW, je vérifie la météo avec Météoconsult. RAS. J'ai de plus en plus de mal à avancer au près serré, la mer est mal fichue, ça bouge beaucoup, j'ai un peu de courant contre moi et je me décide à allumer le moteur. Sur ce Yamaha, j'ai trois positions : fermé, ouvert, ouvert sur la nourrice. Je bascule sur le réservoir intégré, bêtement, pour tester l'autonomie. Je mets le moteur à 70 % du régime et je retrouve à 5,5 noeuds à contre rythme. 
Comment expliquer correctement... Avec les voiles, j'avais tendance à passer de vague en vague dans ce rythme lent de la houle, comme si moi même j'étais une part entière de ce film en ralenti. Avec le moteur, je ne suis plus en phase avec les éléments, plutôt de jouer avec les vagues, je me retrouve à les taper et me faire tremper. Je ne sens plus vraiment les choses. Je suis devenu un élément extérieur qui veux aller plus vite que la musique. Ma veste déperlante se gorge de plus en plus d'eau et la hauteur de houle est encore plus importante. Le vent fraichi. J'appelle sur le canal 16 de ma VHF portable pour avoir la météo à deux reprises. Personne ne répond. 

Météo France, des fonctionnaire de confiance au service des plaisanciers ! Vive le service public !
— Laurent vient d'inventer un slogan !

Je ne me sens pas rassuré et pourtant je ne suis qu'à 6 miles de Port Tudy. Je vois l'île de Groix, elle apparait et disparait avec la houle et une pointe inquiétude commence à me gagner. Je suis entièrement trempé, je commence à avoir froid. Mais merde, qu'est ce que je fous là à me faire bouler ! Le moteur se coupe sur une vague un peu plus forte. Je n'arrive pas à le démarrer. Pas moyen. Je dévisse la valve de pression atmosphérique à fond. ARGGH. Je suis en panne ! Le bateau avance doucement et je me sens mieux, je suis revenu dans ce rythme de la houle. Ouf ! Je n'ose imaginer ce que peuvent endurer les proprios de bateaux à moteurs en panne. Sur un voilier, tu avances toujours ou presque.
 
Je me demande pourquoi j'ai tenu à allumer ce moteur ! je suis trop con ! Un peu las de me faire botter le cul sur cette allure, je décide d’ouvrir les voiles, ce qui a pour conséquence immédiate de moins faire giter le bateau et lui faire changer de cap. Sur cette allure avec un vent de travers, je me dirige donc vers Lorient. Je mets l'Ipad avec Navionics à recharger pour être tranquille à l'approche de la rade. Je possède les cartes papiers, mais j'aime bien doubler par de l'électronique et vice-versa J'enregistre ma course et redémarre une nouvelle route.

Ce classe Mini est en vente ! Ce sont les images de l'annonce.

Je reprends confiance en moi. A Trois miles de l'entrée de la rade, la voile rouge à cornet d’un classe mini me donne envie de le suivre un peu. J'ai juste le temps de reconnaitre la voile rouge Arkema. C'est celui de Quentin Vlamynck. Il s'entraîne sur ce Mini 6.50 Zéro. Un beau bateau rapide qui porte pratiquement le double de voilure que mon bateau, malgré 30 cm de plus. Bref, c'est un bolide de course au large. Entre deux virements de bord, je n’arrive pas à suivre la distance, il me largue à chaque fois toujours un peu plus. Ça pulse et me rends un peu jaloux. Il aligne le chenal et me largue littéralement. Je n'avance qu'à 4,1 noeuds. Je passe la première bouée du chenal, la Bastresses Sud en affalant le génois. La grand voile rouge du Mini est bien loin. J'essaye de redémarrer le moteur, argh ! Pas moyen. J'amorce la poire, ouvre l'évent. RAS. Le moteur démarre 3 secondes et cale. Merde. Avec ce vent de travers, je ne vais pas pouvoir remonter la rade car je vais être déventé à un moment. Et sans vitesse, le bateau n'est plus manoeuvrant. J'aperçois un autre chenal sur tribord sur la carte. Je vérifie et vois qu'il y a Port Gâvres. Ouf, je choque la GV et me trouve vent arrière. Je me dis qu'en plus, ce sera classe d'arriver sans moteur. je croise le passeur qui relie Port Louis, quelques pêcheurs. je ne sens pas d'aborder le ponton de la sorte.

Solution de replis : Port Gavres.

 Je vais plutôt choper l'une des bouées qui se trouvent au loin. La gaffe est prête à accrocher le premier venu. La haussière est frappée sur le taquet mais je ne pourrais pas passer le gros mousqueton sur cette bouée. Je décide d'accrocher manuellement la haussière. Je loupe la première bouée et agrippe avec la gaffe le dernier coffre avant les bouées jaunes qui délimitent le banc de sable. Voilà comment je me retrouve comme un con, la gaffe d'une main à maintenir le bateau, poussé par la GV ouverte en grand avec un vent arrière qui pousse le bateau. Je n'ai pas assez de force pour tenter de tirer le bateau.  J'essaye de faire des signes de la main gauche sans succès. Au bout de 5 minutes je lâche. La gaffe est toujours attachée à l'anneau. A 6 brasses de là, à toute petite vitesse, le bateau s'arrête sur le banc de sable. Mon chapeau s'envole dans l'eau. J'ai l'air d'un con. En fait, je suis un con et je passe pour un con. J'arbore le drapeau Normand et je me dis qu'en fait, les pêcheurs m'ont vu, les gens du passeur m'ont vu.  Ils doivent bien se marrer les trois Bretons.

 
Je me repose un peu, reprends mes esprits et je réfléchis à mes conneries. Merde, le réservoir intégré ! Je bascule le robinet sur nourrice et étonnamment... le Yam s'ébroue. Je mets les gaz à fond en marche arrière, car la marée ne va pas tarder à baisser. Ouf, je m'extirpe, me remets vers le vent et affale la voile. Je chope ma gaffe, accroche mes aussières et peut enfin souffler. Je dîne, prépare les pare battage et manoeuvre pour m'installer sur un catway de Port Gâvres. J'analyse le déroulé de ma journée et consulte la météo sur le canal 63 de la radio et j'entends mer agitée à forte. Et là, je me souviens de cette phrase de Charly mon moniteur des Glénans : attention Laurent, Météo consult, ce n'est pas Météo France...

Il fait nuit, je suis crevé hagard, je sors avec le seau sur le ponton. Faute de code, l'accès aux toilettes est impossible, je ne peux accéder non plus aux douches. J'enlève toutes mes affaires trempées de sel jusqu'aux chaussettes et au boxer, je suis à poil et je me rince avec l'eau froide du robinet, je balance les chaussures au pantalon dans le seau d'eau douce et je me sèche. Au dodo.
Le lendemain, j'explique mon histoire et ne paye que la prochaine nuit. Ouf, à 6 euros, c'est une belle halte...

Je reconnais mes erreurs, j'apprends de mes erreurs et elles sont une force... Je suis déjà entré dans certains ports comme Concarneau avec un vent de travers pour me mettre ensuite nez au vent. Je n'avais qu'à descendre la grand voile. Mais là, avec un vent arrière, pour reprendre l'expression d'une monitrice j'étais "BAïZÉ, BAïZÉ, BAïZÉ" ! La solution aurait été d'affaler la grand voile et de continuer avec la voile d'avant seule. Arrivé sur la bouée, je n'avais plus qu'à affaler la voile en laissant filer la drisse. 

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