Le jour J de la mise à l'eau de mon voilier arrive enfin. J'ai juste le temps de passer un coup d'antifouling sur le dessous de la quille que la remorque m'emmène le bateau. Je vérifie une dernière fois l'anode. Elle est bien vissée. 
Le temps de grimper à bord, d'amorcer la poire, et le 2 temps s'ébroue. Ouh, ça pue, ça fume, ça pollue. Je file vers la première place disponible et lance à l'adresse du responsable du port à sec : " Tu crois que je peux rester là 3 jours ? "  Il acquiesce. Ouf ! La fenêtre météo avec du vent de Sud Est commence demain. Je passe prendre Manu, un pote dont j'apprécie la prose. J'ai un peu honte de lui proposer le seau comme toilettes et je vais donc récupérer des toilettes chimiques chez l'accastilleur du coin. On passe au bar brasserie le National à Marennes où je retrouve Ludo. Je l'aime bien. En quelques jours de présence à Marennes, on a sympathisé. J'apprécie ce défenseur de l'entrecôte frites à la française. Tout est produit à moins de 50 km de chez lui. 

En repassant par le port à sec, j'écoute les derniers conseils du gars du port à sec. Il doute qu'on y arrive et, un peu inquiet, il nous propose de l'appeler en cas de problème. La nuit passe et le matin, à la fraîche, on récupère les haussières. Dans le long chenal de Marennes, le moteur n'arrête pas d'avoir des ratées. La poire se désamorce. Je ne comprends pas pourquoi ! J'avais mis un mélange à 2% au lieu de 1 % avec de la superbe huile 100 % synthèse vendue par le UShip du coin parce que, pour reprendre l'argumentaire du marchand : "c'est un vieux moteur, mieux vaut prendre de la bonne huile..." 
Et ce con de moteur qui cale et ne repars pas. Heureusement, j'ai appris les bons réflexes de voile aux Glénans, le voilier courre sur son erre sur quelques brasses, Manu m'aide à stopper le bateau contre un ponton.

La poire est donc malaxée pendant de nombreuses minutes, le moteur repart et l'on passe les portes jusqu'à gagner la Seudre. Au milieu du chenal, j'effectue un demi-tour, je hisse la grand voile face au vent puis le solent endraillé. Nous reprenons notre cap et au grand largue, elles se gonflent. Je suis fier. Manu dirige ensuite et vise le milieu du pont de la Seudre. La VHF portable allumée confirme la météo prise la veille. C'est cool. Nous passons le pont d'Oléron moteur coupé.

Pas moyen de basculer le moteur. 

J'ai composé avec les courants pour effectuer la préparation de la navigation et emprunte ce chenal alternatif qui passe plus loin des nombreux parcs à huitre le long d'Oléron. Les vent d'ouest gentillet à F2 - F3 nous permettent d'arriver à la Rochelle en milieu d'après midi tout en évitant les nombreux parcs à huitre. Au GPS, sur Navionics, nous effectuons des pointes à presque 5 noeuds, avec le vent fraichissant. Enfin, quand j'écris arriver à la Rochelle, je devrais dire que l'on était devant la Rochelle, devant le port.

Car je n'arrive à rebasculer le moteur installé sur la chaise. Le coup de fil passé à l'ancien proprio ne me sert à rien. Visiblement, il ne connait pas son bateau et ne sais pas comment le baisser. Avec la seule grand voile, nous faisons fait des ronds dans l'eau sans pouvoir tirer vraiment de bords dans le chenal pour rentrer, le vent était trop à contre. Un couple sympa avec une vedette s'approche de nous mais n'a rien pour nous tracter. Je ne me vois pas lancer un PAN PAN PAN à la VHF pour ma première journée de navigation. 

Notre salut vient du gentil proprio d'un grand voilier du ponton 57 du port des Minimes nous prends en remorque ! (Merci à lui) et nous jette sur le ponton carburant. Génial.

Je discute avec un vendeur de chez West Yacht Broker qui fais le bien et qui fait venir un mécano qui nous dépanne. Argh, il fallait baisser la chaise avant de rebasculer le moteur... Je suis allé pour les remercier et pourquoi pas acheter un vrai moteur neuf car selon le vendeur : "il y avait des promos de printemps"... Hélas, je ne devais pas être intéressant puisque sur place personne n'a même osé me dire bonjour. Le gentil vendeur n'était pas là et le sombre vendeur blondinet à la chemise impeccable estampillée Zodiac m'a détaillé de la tête aux pieds mais n'a même pas daigné ouvrir la bouche pour me saluer. Je suis reparti un peu écoeuré après avoir poireauté. Il était bien tard, et avec Manu nous nous sommes amarrés sur un premier ponton au port des Minimes en construction. 

Le skipper d'une écume de mer qui renrait au port a regardé à plusieurs reprises et a fait demi-tour. "Mais... c'est mon ancien bateau... Bougez pas les gars, j'arrive !"

Il ne t’a pas laissé le pilote ? Ni le tableau électrique ? Ni la VHF ? Il a coupé les câbles à ras ? C’est nul ! Quant à la déchirure à la grand voile, c’est moi qui l’avait faite...
— L'ancien ancien propriétaire

L'ancien ancien proprio du bateau...

C'est comme ça que je me suis retrouvé avec l'ancien ancien propriétaire de ce Kelt détaillant tout les accessoires qui avaient été enlevés entre les deux ventes : pilote ST 1000, VHF navicom, panneau électrique, batterie. Les fils du feux de mat et de la lumière intérieure avaient été coupés à ras. La petite déchirure a la voile d'origine avait été faite par lui, lors d'un grand coup de vent, contrairement à ce que mon vendeur m'avait affirmé.

Bref, les six mois d'hivernage annoncés par le vendeur devaient être plutôt 6 mois + 1 an voire deux ans dans le port à sec de l'oubli...  Les photos qu'il m'avait adressées auraient du me mettre la puce à l'oreille. Un simple coup d'oeil sur les données exif et elles confirmaient que les photos avaient été prises en octobre 2012 et le nom du bateau était encore Liberty, et non pas encore Néo. J'ai reconnu au final le port des Minimes et le gars m'avait au final envoyé les photos qu'il avait lui même reçues !

Pour résumer, il avait revendu 1000 euros ce bateau qu'il avait acheté lui même 1800 euros. Après quelques navigations, il bazardé au détail tous les accessoires. Il se séparait du plus coûteux en terme de gardiennage, la coque. J'étais à la fois rassuré sur la base saine du bateau, sur son historique (je suis le 4e propriétaire et le second l'a vraiment bichonné). Je reste quand même un peu déçu par le manque d'honnêteté de mon vendeur.

Première nuit au port avec Manu, je crois que l'on a oublié de payer... 

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