J'ai décidé à mon retour de voyage d'acheter un voilier. Un voilier pour y habiter, un voilier pour naviguer et voyager. Avant de partir à vélo pour le Japon, au printemps 2013, j'avais failli craquer pour une première unité. Et si ce First 30 bleu à Cherbourg n'avait pas senti le tabac froid, j'aurai été capitaine avant l'heure. J'avais le budget pour m'offrir aussi ce superbe Feeling 346 visité à Carteret.
Pour tromper mon envie de naviguer, j'ai finalement loué un voilier. Un Fan Class 32. Un biquille avec mat et quille rotative, foc autovireur, bref, un bel engin sur le papier qui avançait comme une patate. D'ailleurs, je pense qu'une personne navigant peu aura tout intérêt à calculer le prix d'une location d'un bateau une semaine ou deux par an plutôt que de sauter le pas.

À moins de choisir un voilier transportable, il faut déjà penser à prendre une place de port et l'inclure dans le coût de fonctionnement de votre passion. Comme je voulais résider à Carentan, cette  première condition était facilement remplie. "On vous attend, prévenez nous juste avant d'arriver", m'a assuré le personnel du port normand. 

Ce premier écueil étant passé, il fallait être réaliste, investir dès le départ dans le gros bateau idéal avec peu d'expérience de navigation, était plus risqué. Après quinze mois à voyager sous la tente, avec mon vélo à voile, c'était évident que je pouvais envisager plus sommaire comme équipement. Et puis je me suis retrouvé face à la pléiade de proverbes marins. Eh oui, ce besoin chez les marins de faire des phrases n'est pas une légende. 

Ce besoin chez les marins de faire des phrases !
Petit bateau, petits soucis (...) Petit bateau grand voyage (...) La mer la plus démontée n’est pas si terrible pour un petit bateau bien conduit(...)

J'ai laissé les trop petits bateaux de 5,5 m pour me concentrer sur les 6-7 mètres. Un bateau revenait souvent, le Kelt 6.20. Je peux vous avancer plusieurs arguments, tous valables, pour expliquer le choix de ce Kelt 6.20 : un plan Harlé, un petit bateau marin et habitable, longtemps le plus petit bateau homologué en 3e catégorie (moins de 60 mn d'un abri).
Mais le vrai argument massue était là :  c'est le bateau le moins cher sur les annonces. 
"Bonsoir, votre voilier m'intéresse. J'aurai voulu savoir s'il y avait été traité contre l'osmose, si non, quelle est l'état de la coque. L'armement est-il complet ? Dans quel état sont les voiles. 
Cordialement" 

Le 7 mars 2015, dernier, j'écrivais ce messages à plusieurs vendeurs de Kelt 6.20 à travers la France afin de trouver "mon" premier voilier.
Il y avait un Kelt à Nantes, l'autre à Marennes plus un dernier à... Carentan. Pourquoi un Kelt et de cette taille ? Parce qu'il me fallait naviguer d'abord. Les rêves devant l'ordi devant tel ou tel voilier me semblaient un peu abscons. Un voilier à soi et naviguer plutôt que rêver... Il est homologué en semi hauturier, marin, assez habitable, il me semblait le bon compromis.


Préparation du bateau et en avant Guingamp !

Je suis arrivé à Marennes et j'ai fait affaire avec le vendeur. J'ai eu l'impression qu'il était honnête, et puis affiché à 1650 euros, le prix a baissé à 1000 euros. Il n'avait pas bougé depuis quelques mois.
La GV d'origine, N°270 était abimée. Le vendeur m'a dit qu'il avait, "pris un coup de vent..." Le génois, le solent, les deux focs et le tourmentin étaient en état correct. Le bateau était vendu avec un tangon, mais sans spinnaker avec un moteur Yamaha 8 cv 2 temps avec alternateur. Rien d'autre n'était vendu avec, si ce n'est l'armement côtier.

Let me introduce you to Asiatrek ! My new house ! Je vous présente Asiatrek, ma nouvelle maison ! #asiatrek2 #Asiatrek

Une photo publiée par Laurent Houssin (@asiatrek) le

Le prix total a lui augmenté à 1930 euros, vu que j'ai commandé une GV full batten chez Rochard à Hirson. Le principal moteur d'un voilier étant... la voile, il n'était pas question pour moi de mégoter et de ne pas investir dans cet élément essentiel. Trois jours après l'achat, je recevais déjà la carte de circulation de mon nouveau bateau avec son nom : Asiatrek.

Aux Pieux et à Cherbourg j'ai échangé contre quelques dizaines d'euros versés à un sympathique particulier, un bib, un panneau solaire 50W, un régulateur de charge. J'ai acheté une batterie neuve et une VHF portable. La voile neuve était prête et j'étais en possession de mon CRR passé à Nancy une semaine avant. J'ai le poussé le vice jusqu'à acheter une annexe Arimar Roll 185 d'occasion.

Je suis resté une semaine à préparer le bateau, gratter l'antifouling et en remettre un neuf. Je suis parti de Marennes le 20 avril avec un pote. Manu de Manu World tour... 

Mon expérience de voile se résumait à une balade vers Saint-Martin en 1984 où mes parents et moi avions été portés disparus en mer puis au convoyage d'un vieux gréement jusqu'à la Corogne fin 2012, un stage 2 voiles de 15 jours aux Glénans en 2013 et une semaine de location (pas terrible) d'un voilier à Diélette.

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