L'envie de voile, de voiliers, de mer, de voyage en mer est devenue une évidence au printemps 2015. Il fallait que j'achète un bateau... impérativement ! Je ne voulais pas attendre. C'était le moment. Je vous le raconte à partir d'ici

1983 entre Saint Martin et Saint-Barth...

"Mais d'où vient cette envie de voile", m'ont demandé quelques personnes. 

Peut être est-ce une chose assez inée l'amour de la mer lorsque l'on habite dans la Manche ? Mais il n'y a pas que ça. À vrai dire plusieurs petites graînes ont été disséminées au fil du temps. Papa avait rencontré Alain Colas en 1977 à Granville, à l'occasion d'un bienvenue à bord de Club Méditerranée, il m'y avait emmené, mais franchement, je ne me souviens de rien. Il reste ce négatif d'Alain avec ses rouflaquettes que j'avais tiré sur l'agrandisseur Durst du labo photo à mes débuts.

A contrario, je n'oublierai jamais cet été 1983, lorsque j'ai pris la barre à roue de ce voilier, guidé par un skipper. J'avais été vraiment emballé par cette coque profilée, gitée, qui tranchait une mer bleu outremer à grandes volutes d'écume. Une autre époque où mes parents m'avaient emmenés dans cette balade en bateau entre Philipsburg et La Gustavia. Je n'oublierai jamais cette première navigation à la voile.
Une année plus tard, aux Baléares, j'avais eu moins d'aisance lors l'apprentissage de la planche à voile, je ne savais pas revenir contre le vent et penaud, c'est un pneumatique qui m'avait ramené.

D'autres graines s'ajoutent lors des balades le long des quais : du Bélem que j'ai souvent contemplé à quai à Caen à l'Alcyon de Cousteau sans oublier l'Armada du siècle de Rouen, en passant par la visite de voiliers emblématiques comme le Renard, le Sedov où la Granvillaise...  Et même les "traine-couillons", comme disent les plaisanciers m'ont fait rêver. S'il n'y avait pas eu le Jeune France II, serais-je allé à Chausey facilement ? non !

A bord du TCD Siroco en route vers Chypre depuis Beyrouth, dans le cadre de l'opération Baliste. 

A la table du commandant ! 

Au hasard des voyages et des péripéties qui les accompagnent parfois, j'ai eu la chance de rencontrer des marins de la Royale comme Julien Cabon, qui était reporter pour Cols Bleus lors de l'opération Baliste au Liban en 2006... Nous avions quittés le pays en guerre à bord du TCD Siroco (depuis revenu au Brésil). Un moment inoubliable ! Je n'oublierai jamais ces échanges avec Olivier Coupry, le pacha du Siroco et l'invitation à sa table. 
Lorsque je bossais à Gien, l'idée d'habiter une péniche a voile m'a titillé un moment. J'avais rencontré et interviewé les plaisanciers qui vivaient sur leur tjalk, leur péniche néerlandaise à Châtillon-sur-Loire , j'ai quitté la région mais l'idée du bateau habitable a duré. J'ai passé pas mal de temps à vivre dans une caravane Eriba lorsque je bossais en CDD à l'Yonne Républicaine, la question de la taille du logement n'est donc pas un problème.

En écoutant un soir Allo la Planète, j'ai découvert Gwendal Denis. A vrai dire, je ne sais plus où il était... En Espagne, au Maroc... Peu importe ! J'ai bien aimé sa réflexion et le personnage. J'ai découvert son blog et son parcours. J'ai dévoré ses écrits depuis le tout début, des prémices de sa réflexion, de son projet, de l'art de le mener jusqu'au bout. C'est facile de s'immerger dans sa vie car c'est bien écrit et puis il n'idéalise pas. J'ai suivi ses doutes, ses joies, ses peines au fil du temps mais aussi ses réussites. Mine de rien, nous nous ressemblons un peu. 

L'idée de ce voilier et de la pratique voile a donc éclos grâce à Gwendal. La possibilité d'aller en mer sur un tjalk, une péniche à voile néerlandaise habitable a fait long feu : ce n'étais pas sérieux de traverser l'Atlantique avec ! Je ne m'appelle pas Yves Marre et je n'aurais jamais le cran de faire 1/10e de sa route...
 Pour comprendre le fonctionnement d'un bateau, je me suis offert le guide des Glénans, la bible du navigateur à voile et j'ai tenté de comprendre ce que Gwendal décrivait lorqu'il évoquait les départs au lof de sa Boiteuse. Et puis j'ai eu le malheur de cliquer sur www.stw.fr !

Alex où l'art de manier un vieux gréement.

Voilà comment, après quelques clics et deux messages je me suis embarqué quelques jours plus tard dans la baie de Biscaye à bord d'un vieux gréements manié par Alex ! Des creux de 3 à 4 mètres, du bon air, pas de cons à klaxonner. J'ai découvert une chose magique : la navigation de nuit, les heures passées sur le pont, la tête en l'air entre deux coups d'oeil à surveiller les bateaux de pêche sans radar et les gros cargos en regardant le compas et l'AIS. J'avais les bases dans ma tête et j'ai pu mettre en pratique un certain nombre de choses.

La balade s'est terminée à La Corogne...

Je ne traverserais pas l'Atlantique ce coup-ci. La balade s'est terminée à la Corogne à cause de soucis de safran. Toutes les vis étaient parties... En passant un coup de nettoyeur haute pression, j'ai vu ce que ça pouvais donner du bois bouffé...
Alex m'a montré comment nettoyer un bateau, des voiles, leur pliage, les noeuds marins, comment lover une écoute.
 C'était vraiment enrichissant ces quelques jours passés à bord. J'aurai pu embarquer de là vers les Antilles à bord d'un Lagoon 410. Deux skippers étaient en train d'en convoyer un. "L'appartenance à un bateau" permet toutes les audaces et toutes les rencontres ! Je suis finalement resté à la Corogne à aider au carénage du bateau d'Alex. Merci à toi pour tes précieux conseils, ton temps passé... J'ai eu la chance d'avoir un bon prof, pédagogue, réglo.

De là, nous étions en décembre, j'avais le choix, dépenser 295 euros de vol retour ou... Bref, ça fera l'objet d'un autre post qui mène par Lisbonne puis Porto. 

Premiers bords avec les Glénans dans la baie de Concarneau...

Toujours est-il qu'entre être un équipier sur vieux gréement et mener son propre voilier, il y a une marge ! Même si je sens naturellement les choses, j'ai voulu aller plus loin et parfaire ma "formation" pour aquérir des bases solides. J'ai donc suivi mon premier stage aux Glénans, en février, comme l'a fait Gwendal avant moi. Un stage intensif de 13,5 jours qui fera l'objet d'un autre post.

Avec la disparition de mes amis, de mes parents, le report de mon voyage à vélo, la fin d'année 2012 et le début 2013 avaient été durs physiquement et moralement. Mon blog sur Skynet n'avait plus été alimenté durant plusieurs mois. Grâce à la voile, je n'ai pas pris longtemps les antidépresseurs prescrits par le médecin, quelques jours tout au plus. Le médecin m'a donné le principal conseil et le plus salvateur : "partez".

 La voile m'a procuré tant de bonheur que je ne peux que vous encourager à monter un fois à bord d'un bateau. Mon signe astrologique est un signe d'eau. C'est peut être pour cela que je me sens bien au fil de l'eau...

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