Le Marianne Av Göteborg en partance pour Gaza.

Les installations du port du Château sont bien fichues ! Les places sont chères, mais les installations sont belles : je profite des machines à laver pour faire une grande lessive. Au retour, j'étends le linge sur la bôme : mon bateau fait un peu manouche ce qui fait rire ma fille qui vient déjeuner. Je prends un dernier repas avec elle avant de la retrouver un peu plus loin, du côté de la Bretagne nord, à Morlaix.
Je range le linge en observant le bateau arrivé un peu plus loin sur le quai La Pérouse : le Marianne AV Göteborg. L'ancien chalutier, reconverti en briseur de blocus, se prépare à aller vers Gaza. Une flottille qui, comme les précédentes, sera arrêtée par Tsahal. En 2010, une précédente expédition avait fait 10 morts sur un bateau turc. 
Le lendemain matin, la Marianne effectue le plein, de nombreux militants se pressent sur le port avec les drapeaux vert-blanc-rouge-noir de la Palestine. Une telle affluence avec des photographes me mets un peu la pression. Si je loupe ma manoeuvre, je serais la risée de ce beau monde ! 
René à Port Olona m'a montré plusieurs petits trucs pour manoeuvrer seul lorsque l'on doit descendre du bateau vers le catway pour s'amarrer ou détacher les amarres : "Quand tu arrives dans le catway, tu cales l'étraves de ton bateau (protégée par une pare battage d'étrave) contre le ponton. Tu attrapes le taquet sur le quai et tu t'attaches. Tu laisses le moteur en marche avant au ralenti : ton bateau est calé, il ne bouge pas". 
Je retiens les conseils et les mets en pratique pour préparer mon départ vers Camaret. Tout va bien à part que le courant et le vent sont puissants ce matin et je me retrouve à dériver sur un grand semi rigide qui (entre nous) n'a rien à faire là. Ouf. je remets un coup de gaz plein pot en avant et le Kelt se remet droit. Je dépasse la Marianne et observe la foule et ses drapeaux bigarrés.  
Rapidement avant la sortie, l'ex navire de pêche me rattrape, je salue les membres d'équipage après avoir hissé ma grand voile. Clic clac une photo avec le téléphone et je poste l'image que vous voyez ci dessus sur Instagram en leur souhaitant bon vent. 

Je laisse l'îlot et la pointe des Capucins pour filer vers Camaret.

La navigation vers Camaret ne pose pas de problème, le vent d'Ouest - Sud Ouest m'oblige à tirer des bords dans le goulet de Brest. Tant mieux ! Je gère au mieux les navires marchands qui filent, de toutes façons, à des vitesses très importantes par rapport à moi. Il s'adaptent, mais je garde un oeil sur eux.
Une navigation au près, c'est 2 fois la distance à parcourir et 3 fois la peine, mais j'ai le temps. Je tire un long bord en direction de l'île Longue, un autre vers la Pointe du Porzic, un troisième vers la Pointe du Stiff, un quatrième vers la Pointe du Dellec et... Zut, je ne me suis pas assez rapproché du Dellec lors du précédent bord, ça ne va pas passer : si je ne veux pas taper la pointe de Cornouaille, je dois tirer un mini bord vers la bouée qui marque un danger. Ouf, ça y est, ça passe. (On aperçoit bien la manoeuvre sur la carte)
Je longe l'îlot et la Pointe des Capucins, un couple visite le fort, je rends leur salut d'un large mouvement de bras. Rapidement j'arrive dans l'anse où est situé le port de Camaret, je me tâte de laisser trainer ma ligne. Tant pis. Ce soir ce sera pizza. 

Je jette mon dévolu sur le dernier bar pizzeria du port The Donagan. Un bon accueil, une bonne bière, que demander de plus, si ce n'est que la pizza soit du même acabit ! Quel délice cette pizza ! Waaaah : pour une fois, c'est de l'andouille de Vire (et non pas celle de Guéméné) qui est servie, avec du camembert, fromage, lardons, flambés au calvados. Waouh. C'est probablement l'une des meilleures pizzas jamais dégustées avec celles de ce couple franco-japonais de Tours... 

Le lendemain, je pars avec un peu d'avance sur l'horaire pour embouquer, du mieux que je peux, le Chenal du Four. C'est le passage vers la mer de la Manche entre l'archipel de Molène et le continent. L'autre passage, c'est le Fromveur entre Molène et Ouessant : "Nul n'a passé Fromveur sans connaître la peur". 
J'aurai bien aimé aller à Ouessant si j'avais eu beaucoup de temps. Cette île m'a fait rêver dans le film L'Equipier, de Philippe Lioret avec Sandrine Bonnaire, Philippe Torreton, Gregori Derangère et le phare de la Jument dans le rôle principal. Je vous laisse un extrait ci-contre. 
La Pointe Saint-Mathieu que je passe est juste... magnifique. Combien de fois elle a été diffusée dans Thalassa ? Plein ! Elle a servi de cadre au lancement d'une année d'émissions. Alors, mine de rien, elle m'est familière. 

La Pointe Saint-Mathieu a servi de cadre à Georges Pernoud pour les lancements de Thalassa.

Qui voit Ouessant voit son sang. Qui voit Molène voit sa peine... Et si je fais semblant de pas les voir ?
— Laurent

La réplique du Renard, prise en photo près de l'île de Béniguet.

En attendant, d'avoir peur, dans le Chenal du Four,  si j'avais navigué sous pavillon anglais durant le Premier Empire. j'aurais eu peur de voir la silhouette du grand cotre à hunier qui est à plus d'un mille de moi : Le Renard et ses superbes membrures jaune.
Sacrebleu, je suis fait ! Heureusement qu'il ne s'agit que de la réplique du fier navire du corsaire Surcouf, lancé il y a 200 ans.
Le joli vaisseau a combattu l'Alphea, une goélette anglaise au large du Cotentin en 1813 avant de se réfugier à Diélette. Oui, oui, chez moi ! Plus lourdement armé, l'Alphea a été pourtant battue par l'équipage du Malouin.
Toujours est-il que d'où je suis, je ne vois que ce fier voilier et j'oublie Molène, Ouessant et leurs dictons effrayants. Je file gentiment avec des pointes à 6 noeuds, épaulé par le courant. C'est un petit coefficient et une toute petite aide. Après 4 heures de navigation, je me tâte. Dois-je remonter l'Aber Ildut que je ne connais pas, où aller plus loin ? Je commence à mettre le cap vers le plus méridional des Abers, mais j'hésite. C'est une trop petite nave pour cette journée ; les conditions sont idéales : le vent est bon, le courant aussi. Je préfère continuer ma route vers la mer de la Manche et ces morceaux de granits épars dans lesquels je vais m'engager non loin de Penfoul. 
Non sans raisons, je me méfie de la cartographie de Navionics, le logiciel intégré sur mon Ipad, (je l'ai doublé avec les cartes de mon Mac et celles du SHOM .) Les cartes ne sont pas toujours exactes. Du moins, en version électroniques. Si j'écoutais aveuglément le logiciel, je serais à priori en train de naviguer sur les rochers.

Le port de l'Aber Wrac'h

Plus loin, j'aperçois l'Aber Benoît, mais je poursuis vers l'Aber Wrac'h et le célèbre phare de la Vierge qui, je crois, marque le début de la mer de la Manche. Bye bye la mer d'Iroise. Je reconnais ces plages de sable blanc avec des paillettes de mica dont j'avais joui à Plouguerneau vingt ans avant. C'était à la même époque. En 1995. J'étais officiellement en vacances avant de commencer le service national. Comme j'avais besoin d'argent, j'avais pris une mission d'intérim pour Publiroule. A 5 h du matin, je m'étais retrouvé au volant d'une camionnette d'affichage Mercedes. La destination : Plouguerneau et les affiches vantaient l'ouverture d'un Intermarché. Je n'oublierai jamais ces quelques jours à tafer, les menus ouvriers, ces siestes sur les plages, et ce radio crochet arrosé de punch planteur dans le centre de Plouguerneau. Waouh. J'ai toujours gardé un peu de sable de là-bas dans un petit sachet. 
A vrai dire, l'Aber Wrac'h est un vrai acte manqué. J'aurais aimé prendre le temps de gonfler l'annexe et visiter l'Aber, rendre visite au Père Jaouen, voir le pont du diable, revoir Plouguerneau mais non. je n'ai pas le temps. Le lendemain, c'est pétole et un coup de vent est annoncé ces prochains jours alors que je dois retrouver ma fille à Morlaix. Argh. Il faut que je reste deux nuits à l'Aber Wrac'h...

Une Ouessane, bière aux algues, brassée à Ploudalmézeau par la brasserie des Abers. 

Sur l'un des pontons, j'aperçois le Dufour de Frédéric avec son proprio sur le ponton. je le salue de loin, mais il est avec son pote qui l'accompagne jusqu'à Saint-Malo et visiblement, il n'a pas envie de me voir. Ce n'est pas grave, je passe au Comptoir de la mer chercher une ligne de traîne, car j'ai accroché la mienne en rentrant dans l'aber : il y va de son commentaire : "je vous conseille de la monter vous même..." Et me voilà reparti avec des gros plombs, des hameçons, du fil et plus léger d'une vingtaine d'euros... Comme il est bientôt l'heure de manger, je trimballe mon ordi jusqu'au petit bar-restaurant-épicerie-dépannage-cadeaux-cartes-postale-point-vert Crédit Agricole près du port. Je profite du wifi pour surfer un peu et je me laisse tenter par une Ouessane. C'est une une bière blonde légère brassée par la brasserie des Abers à Ploudalmézeau. Elle est aromatisée avec une algue : la wakamé. Faute de moules, je jette mon dévolu sur un gros tourteau qui me sustentera aisément... 

Je rentre repu dans Asiatrek et outre le nécessaire rangement, je commence le lendemain les travaux manuels de fabrication d'une ligne de traine telle qu'elle m'a été expliquée par le vendeur : un gros plomb, un triangle, des mitraillettes à maquereaux. Compte tenu de la marée, des courants j'irai payer le port dans l'après-midi matin avant de partir le lendemain. 

De l'Aber Wrac'h à Roscoff.

De l'Aber Wrac'h à Roscoff.

Une trentaine de miles m'attendent pour retrouver Batz, avec des vents de nord établis à F2 - F3, j'ai intérêt à choisir une bonne route. J'effectue un long bord de près serré pour contourner tous les plateaux comme Lizenn Wenn ou Gwalarn qui pourraient être dangereux malgré mon tirant d'eau d'un peu plus d'un mètre. 6 heures plus tard, le rythme s'accélère à l'approche de Batz. Le vent donne bien et les courants se font sentir. Pour assurer le coup, je préfère remettre le moteur prêt à partir. Je sais qu'au niveau de l'île, je devrais composer avec un effet de site : je n'aurais plus que le courant car ce vent de nord sera masqué par les habitations et la végétation. Il y a nombre impressionnant de balises qu'il vaut mieux respecter pour éviter tout problèmes.

J'atterris au port de Roscoff Bloscon. Cher ! Très cher port. Neuf, sans charme. Je ne m'attarderai pas à détailler tout ce qui ne me plaît pas dans ce port moderne pour remercier l'un des commerçants sur le port : il m'a loué à prix Tati un vélo à assistance électrique pour aller chercher du bois et de quoi bricoler chez Bricomarché le lendemain. Le coup de vent annoncé est bien là. Un F7 établi avec des rafales à F8 . La vache, qu'est ce que j'en chie à pédaler avec ce vélo à assistance électrique au retour des courses. Des vents à 50-60 km h me tapent dans la tronche. Même avec l'assistance électrique à fond, je peine à grimper la côtelette qui mène au port. Un comble pour un cycliste comme moi !
Je reste deux jours à étaler ce coup de vent en matant des films et bricolant. Je visse une plaque de contreplaqué sur la couchette pour la rallonger un peu. Eh oui, la couchette du Kelt dans la pointe manque un peu de place en longueur.
Mon dernier jour à Roscoff, le dimanche, il fait gris, moche et il y a un peu de mer avec des rafales à F6. Ma fille vient me rendre une petite visite avec son copain. Ça tombe bien, on va aller faire un petit tour près de Batz. Juste une petite balade pour essayer de pêcher et pour voir si la voile plait à Adeline. Super ! Les essais de pêche à la traîne ou en dandinant sont un fiasco : on n'attrape rien dans la zone protégée par le port. Dès que l'on s'éloigne vers Batz, la vitesse augmente. Et même avec 40 % de voile d'avant en moins et la grand voile, le bateau file à 6,2 noeuds. Ma fille s'éclate et tient naturellement bien la barre. Chouette. Vivement que l'on puisse naviguer un peu tous les deux !

Premier lever de soleil en bateau... Je quitte le Finistère pour les Côtes d'Armor.

Les voiles en ciseau, génois tangoné.

Le lendemain matin, je me réveille à 4 heures du matin pour préparer les haussières et partir. J'allume mon feu de mat et, de nuit, je quitte le port de Roscoff à l'instar de plusieurs bateaux de pêche. La mer doit être encore un peu houleuse, telle que me l'a décrite la météo marine. Mais je ne vois rien encore. Je me fie au cap de mon compas sans aucune visibilité. Au loin, les lumières du port de Roscoff s'éloignent Je suis dans la nuit noire et j'attends mon premier lever de soleil. 
Je vise une navigation assez longue et profite pour tester le pilote automatique sur plusieurs heures.
Asiatrek est équipé d'un panneau solaire de 50 w et d'une batterie de 100 ah. Bon, de vous à moi, c'est insuffisant pour alimenter tout le bateau. La lumière à base de tubes fluorescent consomme beaucoup (16 watts) et le pilote ST 1000 consomme de trop. Au bout de 4 heures de navigation au portant, je sens bien que le pilote est mooooooou ! Mon voltmètre m'indique que la batterie est à 12 volts, vide, donc ! Clairement, si je ne veut pas barrer pendant des heures et des heures, j'ai tout intérêt à acheter une seconde batterie. en milieu d'après-midi, je remonte le Jaudy vers Tréguier. Celui qui s'occupe du port m'accueille comme un roi et m'aide à m'amarrer. Il y a un fort courant dans le Jaudy et le bateau est moins facilement manœuvrable. Je demande à stationner quelques heures, le temps d'acheter une seconde batterie et de l'installer. "Avec plaisir ! Voilà le code si vous souhaitez prendre une douche..."

Le port de Tréguier : un super accueil !

Je passe au chantier naval, récupère des cosses, une seconde batterie de 105 ah, du gros fil de cuivre que j'installe en parallèle avec la première. J'installe aussi un chargeur de batterie. Une grosse heure plus tard, les fils sont correctement installés et tout fonctionne à merveille. La rallonge est sortie et je recharge au maximum les deux batteries. Je vais récupérer du sans-plomb afin d'avoir toujours le plein de carburant en cas de pétole.
Pour gagner un peu de temps, je redescends le Jaudy au début de la nuit afin de mouiller sur l'une des bouées proche de l'embouchure. J'ai navigué suffisamment vers l'Ouest, les vents sont d'est et sud sud est demain : génial pour moi qui remonte vers le nord.
Car demain, mine de rien, je vais quitter la Bretagne et la France pour... Guernesey. 

Le pilote ST 1000 + : sympa, mais il a tendance à consommer pas mal aux allures portantes.

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