J'aime beaucoup Gwendal. C'est le capitaine de La Boiteuse. Un Marckmann Konsul 37 avec lequel il a parcouru 13.000 miles depuis son départ avec son petit chat, Touline. Avant d'embarquer, à mon tour, j'ai dévoré son journal de bord. J'ai échangé, sympathisé. Voilà les quelques questions que je lui avait posées afin d'orienter un futur apprentis capitaine.  

Gwendal Denis, capitaine de La Boiteuse

Gwendal Denis, capitaine de La Boiteuse

1) Quel parcours conseillerais tu à un adulte qui veut débuter la voile ? 

J'aurais presque envie de répondre à ta question par une autre question. Pourquoi faire ? Si c'est pour faire de la voile légère, genre hobby-cat, dériveur, et pourquoi pas optimist, ce ne sont pas les clubs de voile qui manquent en France, que ce soit sur la côte ou sur les plans d'eau intérieurs aménagés.
Pour ce qui est de la croisière, qui est plus dans mon domaine on va dire, les choses sont un peu plus compliquées. Il existe plusieurs écoles de croisière, et une rapide recherche sur internet te permettra de facilement les trouver. Pour ma part je suis passé par celle des Glénans, qui outre une excellent réputation à le mérite de vouloir former rapidement et en toute sécurité des chefs de bord. C'est à dire des hommes et des femmes capables de prendre en main à la fois un voilier et un équipage. 
En France, c'est assez facile de naviguer sur un voilier... Je veux dire que dans l'absolu cela ne demande aucun diplôme, aucune formation préalable. Ça demande juste de l'argent, et les « couilles » pour le faire. Cela peut paraître absurde si l'on compare avec les responsabilités que cela implique, ou même avec d'autres législations beaucoup plus draconiennes. Je pense à la Suisse ou au Brésil par exemple, où le permis de naviguer sur un voilier à plus de 20 milles des côtes est le même que celui d'un patron de pêche au large ! Mais c'est peut-être aussi pour ça que la France est la nation la plus représentée sur toutes les mers du globes...
Cela dit rien n'empêche de commencer par la voile légère pour passer ensuite sur un croiseur... A part le budget peut-être.

2) Comme moi, tu as fréquenté les Glénans, quels sont les avantages que tu as retiré de leur apprentissage ?

Les Glénans sont une des plus anciennes écoles de voile de France. N'en connaissant pas d'autre, je serais bien en peine de dire si elle est meilleure ou moins bonne que les autres. Ce que je peux en dire, avec le recul, c'est que j'ai apprécié chez eux la part qui est faite à la formation de ce que l'on appelle le chef de bord. Le chef de bord, c'est le skipper ou le capitaine. Mais c'est surtout celui qui est responsable du bateau et de son équipage. Ce n'est pas une mince responsabilité... car l'on a à la fois la responsabilité d'une machine qui vaut un paquet de fric, mais surtout des vies humaines qui nous accompagnent (en plus de la sienne). J'ai trouvé que cette école mettait assez bien le doigt sur ce que cela implique... En plus de l'enseignement des manœuvres de base bien sûr. Et lorsque je vois parfois le comportement de certains chefs de bord, je parle surtout de ces vacanciers qui louent des bateaux pour de courtes durées et qui n'ont aucune conscience de ce qu'ils font réellement, et surtout de ce qu'impliquent leurs actes, je me dis que finalement il serait peut-être judicieux de revoir les conditions d'accès à la plaisance à voile.

3) Quelles ont été tes appréhensions lors de ton départ ?

 Mes appréhensions ? Elles ont été d'ordre personnel plus que technique... Je veux dire que larguer quarante années d'une vie, est quand même beaucoup plus compliqué que de larguer des amarres. Même si j'avais quand même quelques connaissances sur la manière de conduire un voilier, je suis parti sans jamais avoir navigué en solitaire mais avec l'intime conviction que j'y arriverais malgré tout. Et ça a été le cas, j'y suis arrivé. Oh bien sûr, non sans peine et sans erreurs. Mais c'est comme cela que l'on apprend. Je n'ai réellement eu aucune appréhension sur le fond. Je savais, j'étais persuadé, que j'y arriverais... Alors est-ce de l'inconscience ou une bonne connaissance de soi-même... Je n'en sais rien. Un peu des deux sans doute. Après, la peur est une notion toute relative... Pour ma part je préfère parler de bon stress et de mauvais stress. En mer je suis toujours stressé, cela aiguise les sens et permet d'éviter certaines erreurs aux conséquences gravissimes. Mais il s'agit là d'un bon stress. Le mauvais, c'est celui qui t'aveugle et te fais faire des conneries. C'est celui qui te fait paniquer. Mais heureusement, il suffit de prendre le temps de respirer un bon coup et de réfléchir à ce que tu fais pour qu'il disparaisse.

1 Comment

#page-footer-wrapper { background-color: whitesmoke; }